Le défi métropolitain d’Aix-Marseille-Provence

Depuis plusieurs mois depuis que le gouvernement a manifesté son intention de créer autour de Marseille une métropole et de l’intégrer dans la loi de décentralisation le débat a tourné exclusivement autour de deux questions : la question de la gouvernance et la question des compétences à transférer. Rien de plus logique au demeurant : la question de la gouvernance interpelle directement les élus et les pouvoirs ; et la question des compétences interpelle aussi les acteurs économiques et sociaux qui considèrent souvent qu’un des obstacles au développement économique est l’absence d’équipements communs à ce territoire, de système de transports par exemple.

Si ces questions sont fondamentales à court terme dans la définition même du processus métropolitain, je ne crois qu’elles constituent la question centrale, même si elles la portent.

Ce qui fait la singularité de la métropole, telle que le projet de loi la dessine, c’est l’étendue du territoire et l’alternance de zones urbaines et de zones rurales et/ou naturelles. Certes la métropole Aix-Marseille-Provence est un ensemble urbain, mais c’est aussi un ensemble de «entre-deux-urbains ». Et je pense que le refus des maires tient au fait que les populations qu’ils représentent revendiquent cette forme de ruralité, même si elle a pour horizon les cheminées d’usines ou les zones industrielles. Certains qui l’ont connu rappellent que Gaston Defferre à la fin de sa vie, au milieu des années 1980 parlait encore en les opposant des Marseillais d’un côté et des ruraux de l’autre pour parler de tous ceux du département qui n’étaient pas marseillais, même s’ils étaient Aixois, Martégaux, Istréens… etc.

Comment organiser cet ensemble où alternent la ruralité, les espaces naturels prestigieux et l’urbanité, c’est là, me semble-t-il le défi de la métropole. Le défi métropolitain, ce n’est pas l’institutionnel, c’est l’organisation des «entre-deux », de ce que j’appellerai «les espaces intercalaires ».

On connait les raisons de cette structuration de l’espace métropolitain. Des économistes et géographes l’ont expliqué. Faisons fi des rivalités historiques, même si elles comptent et que les territoires ont une mémoire. Mais regardons le contemporain.

La métropole marseillaise ne s’est pas constituée par une extension du centre qui gagnerait comme c’est le cas en général, mais par la constitution de plaques économicourbaines autonomes qui mises ensemble et à distance en viennent à faire sens par l’importance économique et sociale qu’elles ont prise petit à petit.

Ces plaques urbaines sont le résultat de processus de développement économique qui ont eu lieu dans les années 1950-1960, souvent voulu par l’Etat. L’Etat installe le CEA à Cadarache. Et Cadarache, c’est la naissance du nouvel Aix-en-Provence qui devient une ville d’ingénieurs. A l’ouest, l’Etat crée Fos-sur-Mer et le pôle sidérurgique. L’Etat encore soutint le développement de l’aéronautique à Marignane avec Eurocopter.

Et tandis que Marseille se vidait de ces industries, mais voyait sa population croître sous l’effet de l’arrivée des Pieds-Noirs et de l’exode rural, on a vu, autour de Marseille, à quelques petites dizaines de kilomètres, la mise en place de zones de développement économiques assez spécialisées et dynamique dont profitent évidemment les communes qui connaissent une explosion démographique et un enrichissement.

La métropole est devenue alors cette alternance entre des zones urbaines, des zones périurbaines construites à la va-vite et des zones d’espaces ruraux et naturels, sans réel réseau
de transports collectifs, mais un très beau réseau autoroutier. C’était alors devenu difficile de recoudre cet ensemble, même si la volonté de repenser une centralité urbaine s’est imposée.
Ce fut et c’est encore Euroméditerranée.

Je pense que cette alternance là est une bonne chose, qu’elle peut même être une marque de cette métropole à condition de la traiter comme telle. Connait-on beaucoup de métropoles dans le monde qui pourraient revendiquer d’avoir sur leur territoire des espaces naturels aussi prestigieux que les Calanques, la Sainte-Victoire, La Crau, l’Etang de Berre ?
Connaît on beaucoup de territoires forts d’une bio diversité exceptionnelle ( PACA possède
la plus grande bio diversité de France métropolitaine ) ?

D’ailleurs cette destinée ne fait que renouer avec l’histoire même des grandes villes de la Région. Marseille a été pendant des siècles et est encore une succession de parcelles vides
qu’on pourrait d’ailleurs retravailler et d’espaces bâtis. Et Aix et Arles sont dans la même tradition. Je pense qu’il faut penser une nouvelle manière de concevoir la relation entre le
« naturel » et l’urbain, non plus dans une sorte, si ce n’est d’opposition, mais de contrastes,
mais dans une réelle complémentarité. Une métropole au naturel , ce n’est pas une ville verte
ni écologique , mais c’est le lieu idéal pour renouveler notre conception de la nature .

Je ferai quatre suggestions.
1. Ce n’est pas un plan d’urbanisme qu’il faut construire sur la métropole, mais un plan d’aménagement dont l’objectif serait de densifier les zones denses, de ruraliser le rural et d’installer des corridors de nature intra-urbain.

2. A partir du moment où il existe une organisation métropolitaine, la recherche de périurbanisation des villages et villes ne se justifie plus. Au contraire, il convient de protéger
tous les espaces ruraux. Et seule une autorité centrale a capacité à le faire.

3. Pendant des décennies, on a voulu urbaniser le rural, il faut maintenant faire pénétrer le rural dans l’urbain. Cela veut dire naturellement ré-envisager des activités agricoles dans certaines zones non urbanisées de Marseille comme le montre Jean-Noël Consalès, mais cela veut dire aussi emprunter à la société rurale des formes de solidarité à réintroduire en ville.

4. Il est important de repenser la question des friches. Les zones protégées comprennent beaucoup de lieux qui ont été utilisé, des carrières ou usines par exemple . Ces lieux peuvent devenir des espaces de développement et de pratiques. Toutes les franges du territoire naturel, les limites épaisses doivent devenir de véritables zones de projet.

Il faut un projet d’aménagement sur notre métropole. C’est à ce prix qu’on saura
recréer des solidarités et une cohésion pour dépasser les antagonismes institutionnels.

vezzoni

Corinne VEZZONI, architecte, Marseille

Partagez

6 commentaires au sujet de « Le défi métropolitain d’Aix-Marseille-Provence »

  1. ANTOINE PALAZZOLO

    analyse socio géographique intéressante mais il reste à résoudre le problème des déplacements dans un espace qui n’a jamais été conçu pour le vivre ensemble….

    Répondre
  2. santini alain

    Enseignant(e) - Métropole - 13008
    sortir des énormités telles devrait vous conduire à retourner dans une école d’architecture.

    Répondre
    1. URBATECTURE

      Architecte - Ville > 50.000 habitants - 13009
      Monsieur l’enseignant
      Vous savais bien que les quartiers Nord sont mal desservis par le Metro et Tram, pour ne pas permettre aux habitants de ces quartiers de descendre aux quartiers Sud. Certains demandeurs de logements sociaux refusent d’y habiter à cause du transport.
      Certains projets susceptible d’amener une population non désirée sont refusés ou déplacer vers les quartiers Nord.

      Répondre
      1. Santi Alain

        Enseignant(e) - Métropole
        Cher « Urbatecture »
        vous n’êtes pas sans savoir que les quartiers nord, comme vous les désignez, sont maintenus et entretenus par une partie de nos élites politiques locales pour mieux construire et asseoir leurs discours démagogiques sur l’égalité des territoires.

        Répondre
  3. Jacques GAUTIER

    Architecte - Village - 13840
    Pourquoi vouloir mettre dans le même panier des villes aussi différentes que Aix et Marseille ?
    Pourquoi vouloir à tout prix mélanger les comptes de tous ordres?
    Pourquoi vouloir démettre des collectivités de leurs choix, de leurs décisions ?
    Autant la diminutions du nombre des régions est évident, autant vouloir créer des ensembles incohérents avec des éléments disparates relève de la méconnaissance des problèmes locaux et de la manie de décider à distance des problèmes que l’on ne connait pas. Merci MM. les énarques

    Répondre
  4. Patrick SAUVAGE

    Architecte - Ville < 50.000 habitants - 13330
    L’analyse de Corinne VEZZONI est intéressante de plusieurs points de vue (même si dire que la région PACA est la plus « bio diversifiée » de France métropolitaine n’implique en rien que le territoire de la future métropole soit également riche en terme de biodiversité…).
    Par exemple, en ce qui concerne le niveau d’analyse et de décision que représente la future Métropole. Sous nos climats où le clientélisme est roi, et même si l’on a spontanément envie de dire que les décisions doivent se prendre au plus près du citoyen, il est bon que l’étude d’un territoire qui représente une large part de notre département se fasse avec une certaine hauteur de vue. Et les décisions qui en découle doivent également être détachées des intérêts locaux souvent peu objectifs.
    Le développement de l’aire marseillaise (au sens très large) au cours du demi siècle passé est suffisamment caricatural (et catastrophique) pour que l’on change la méthode. Et si l’on a pu en effet ne pas trop abimer de grands espaces naturels et encore quelques surfaces dédiées à l’agriculture, il est temps de les protéger durablement. Je ne parle pas forcément des Calanques ou de la Sainte Victoire qui ont globalement été « respectées » mais de massifs ou d’ilots « naturels » ou à vocation agricole qui doivent effectivement être pensés comme des liens (des respirations) entre les zones d’activités ou de résidence.
    Ce qui n’empêche pas de ré-injecter du végétal dans la ville, au plus prés de l’habitant…
    Cessons de vouloir faire de chaque village la caricature réduite d’une petite ville, de chaque ville le modèle réduit d’une grande cité. La richesse nait de la diversité (et pas seulement bio).
    Quand à la gouvernance, pour mettre en musique les propositions de Mme VEZZONI, il faut trouver une instance qui écoute, qui débatte, qui analyse et qui, in finé, décide sans imposer brutalement.
    ça s’appelle la démocratie, mais c’est plus facile à théoriser qu’à vivre…

    Répondre

Commentez

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.